Le Site des Cavales
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Un récit de croisière en cavale, un grand tour en Bretagne, deux copains sur la cavale l’Aventure... juillet/aout 2003. Merci Tristan !
Souvenirs Souvenirs....
jeudi 14 juin 2007
par volubilis

Document Transmis par Domidou

Souvenir de Cavale.

Souvenirs, souvenirs. L’histoire remonte à juin 74, elle a donc presque l’age de nos Cavales. D’accord, ça fait un peu ancien combattant : mon grand-père racontait sa guerre de 14, de mon coté je raconte une très ancienne sortie en Cavale, qui aurait pu mal tourner, lors d’un stage Glénan. Les vieux pécheurs à la ligne ont tous une histoire de gros poisson, qui, c’est bien connu, est toujours plus gros mort que vivant ; les vieux « marins » eux, ont tous leur histoire de « tempête » avec leurs vagues qui, comme les poissons, ont tendance à enfler dans les souvenirs. Chacun jugera.

Stage « Pilotage et Initiation Croisière » à la ferme de Cos-Castel sur la rivière du Trieux. Première semaine sur Cavale, deuxième sur Mousquetaire. Quatre Cavales, quatre équipiers par Cavale mais seulement deux moniteurs. Les moniteurs embarquent les moins expérimentés, et confient, sous leur surveillance, car on est sensé naviguer groupés, « en escadre » comme on dit, les autres bateaux à des stagiaires, dont votre serviteur, ayant déjà quelques références nautiques. Il s’avère qu’on se trouve deux à avoir bien pratiqué la régate en dériveur et il faut bien le dire, par moment, on s’ennuie un peu. On fait mieux marcher nos bateaux ; l’envie nous prend de nous « tirer une bourre » entre nous, et osons le mot, de ridiculiser les bateaux des moniteurs, qui plupart du temps, il faut le reconnaitre, ne barrent pas eux-mêmes. C’est cette attitude qui nous emmènera loin, et qui aurait pu nous emmener « profond » !

Avant d’en arriver là, quelques petits points techniques pour, sinon justifier, mais du moins expliquer ce « ridiculiser » prétentieux, (ceci pour ceux, s’ils en existent, qui n’auraient pas l’âme régatière, les autres zapperont). Les premiers jours du stage se sont surtout passés à naviguer dans les courants du Trieux, du Kerpont, du Ferlas dans du temps petit à moyen et des forts coefficients de marée. Si le courant dans le nez fait, mettons, trois nœuds et que le bateau n’arrive pas à dépasser les trois nœuds, il n’avance pas d’un poil sur le fond. Si un autre bateau à l’assiette et aux voiles mieux réglées, atteint ne serait-ce que trois nœuds et demi, il franchit le passage difficile et le premier bateau laissé sur place ne le retrouve que bien plus tard lorsque le courant aura faibli. Bonjour la navigation en escadre ! Tout aussi spectaculaire surtout si cela se conjugue avec le point précédent, les sautes de vent au près serré, particulièrement intéressantes sous ciel de traîne. Le non-régatier abat au refus pour garder ses voiles pleines, s’il manque d’attention le bateau aura d’abord ralenti puis repris sa vitesse ; de même à l’adonnante, le non-régatier lofe, souvent il tarde à le faire et rate une partie du bénéfice. Le régatier lui vire de bord à chaque refus, donc il ne connaît jamais d’adonnante, il fait beaucoup moins de route sur l’eau. Dans le cas purement théorique où le vent ferait des sautes de 90°, les voiles changeraient de coté mais le bateau, lui, remonterait tout droit dans l’axe du vent moyen. Dans ces conditions de navigation le terme « ridiculiser » n’était pas si excessif.

Après cette parenthèse reprenons notre histoire. Ce jour la, changement de décor. Les moniteurs nous annoncent la météo : force 6, on va s’amuser. Je n’ai pas souvenir qu’ils nous aient annoncé un avis de grand frais ( auquel cas on aurait peut-être tenté la sortie en restant en eau abritée), ou plus, (auquel cas on aurait joué aux cartes)…. Et pourtant……

On démarre sous deux ris et tourmentin et on s’attache. Passé l’estuaire de la rivière et le petit mouillage de pêcheurs de Loguivy, on enfile le Ferlas au largue , puis plus loin on envois les spis. Je suis un peu déçu, l’accastillage de spi est vraiment limite et la Cavale sur eau plate ne peut dépasser sa vitesse de carène, elle ne va guère plus vite que par force 4. L’étrave laboure profondément, le bateau ne plane pas comme le font les dériveurs et comme le feront les Micros. Après la pointe de l’Arcouest le vent monte et de nord-ouest il passe au nord voir nord-nord-est. On rentre les spis et on repart au près tribord amures dans le chenal de Ringue Braz vers le Plateau des Echaudés. Mon « concurrent » prend de l’avance sur l’escadre. Piqué au vif, je ne vais pas le laisser partir seul devant, j’interpelle mon équipière, « passe-moi la barre on va le prendre en chasse ! ». C’est parti ! Nous ne sommes plus abrités. La mer se creuse, vent contre un fort jusant. Nous approchons de hauts fonds, les vagues sont de plus en plus fortes et raides. La vache ! Le copain semble, du moins au début, mieux barrer à la lame que moi et il a creusé un écart que je n’arrive pas à combler. Sa Cavale disparaît du regard entre deux crêtes. Ou en sont les autres ? Loin derrière. Dans les creux on ne les voit plus, quand on franchit une crête on les voit continuer d’avancer, ils ne font pas demi-tour, donc on continue. Tiens, maintenant ils ont l’air arrêtés… les moniteurs auraient-ils enfin décidés de revenir ? Il serait temps car cette grosse mer devient inquiétante, non, ils devaient seulement être en train de prendre le troisième ris, ils repartent dans notre direction. Notre ventre se serre. Ce n’est quand même pas normal, les moniteurs savent ce qu’ils font, mais quand même, la mer devient vraiment trop forte pour la taille du bateau, il faudrait rentrer. A ce moment on voit la Cavale de tête abattre en grand pour amorcer son retour, elle disparaît à nouveau dans le creux de la vague et depuis la crête suivante on la découvre avec le mat brisé. Le bateau du copain était violemment retombé dans le creux, avec l’accélération verticale, le mat était sorti de son emplanture et avec le choc à l’arrivée avait traversé la coque. Heureusement qu’il se soit brisé avant d’avoir traversé le fond car les Cavales, que je sache, n’étaient pas insubmersibles !

On oublie les bateaux des moniteurs complètement perdus de vue, on affale la grand voile et on abat grand largue sous tourmentin seul « chercher du secours ». Cela aurait certainement été le moment pour nous de ces plannings tant attendus avec la grand voile à trois ris en dévalant les vagues, mais franchement on n’avait plus la tête à cela, fini le « fun », on a cherché à assurer. On ne tarde pas à voir apparaître le bateau des sauveteurs ( Etait-ce déjà la SNSM, ou état-ce encore les « Hospitaliers Sauveteurs Bretons » à l’époque ? je ne sais plus) qui, nous l’apprendrons plus tard, avaient étés alertés par le sémaphore de Bréhat, lequel n’avait cessé de nous suivre aux jumelles. Les sauveteurs s’enquièrent de nos difficultés, « non merci, nous ça va mais il y a un bateau démâté plus loin ».

Mais au fait, ou sommes-nous ? On est complètement sorti de la carte ( A ce sujet, les Cavales des Glénans de l’époque étaient optimisées pour le pilotage avec la carte locale collée et plastifiée sur le capot de descente, les « Glénans 5.70 » d’aujourd’hui sont certainement plus « fun » que nos vieilles Cavales mais comment font-ils pour se repérer dans les cailloux ?) . Il y a un paquet de rochers pas très loin à bâbord ( les Echaudés) et Le phare de la pointe du Paon sur Bréhat paraît bien petit, loin sur notre tribord avant ; le courant et cette petite régate stupide nous avait emmenés bien au-delà de notre zone de navigation. Une marque en vue devant, cela doit être Men Garo à la limite est de notre carte. On la vise pour assurer notre nav. C’est bien elle, nous revoilà en terrain connu, le vent s’est calmé, nous sommes un peu abrités et la mer se calme, on peut renvoyer la grand voile sous trois ris. Le courant s’est renversé, nous avons maintenant le flot contre nous pour remonter le Ferlas, on se paie le luxe et d’un arrêt pique-nique ( c’est vrai, l’après midi est déjà bien entamée et avec cela on n’a rien mangé depuis le matin et les émotions, ça creuse) avec mouillage dans la Chambre de Bréhat. Depuis notre mouillage nous voyons passer le bateau sauveteur et le reste de la flotte en remorque, nous leur faisons signe mais ils semblent ne pas nous avoir aperçu car ils s’inquiéteront plus tard de notre absence. La fin du retour se passe pourtant sans problème dans un vent redescendu à un force 6 « des familles ». Dans le Ferlas quelques rares bateaux : on double un Corsaire qui tirait des bords carrés et un Mousquetaire qui, avec sa voile au deuxième ris, progressait péniblement contre le courant. Avec nos trois ris et l’équipage au rappel la Cavale remontait avec aisance. A l’arrivée les moniteurs rassurés de nous retrouver enfin sont bluffés par notre maîtrise de la situation dont témoigne par exemple le retour peinard sous tourmentin et le mouillage pique nique.

Dernier acte : les moniteurs se prennent une superbe engueulade téléphonique de la part de Jean-Louis Goldschmidt le directeur technique du CNG, on tous failli se faire virer.

On l’aura compris, cette équipée rocambolesque dont il ne faut surtout pas se vanter même si elle me laisse ce qui est finalement mon plus beau souvenir de navigation, résulte d’un problème de communication : Les bateaux de tête, suivaient des yeux les bateaux des moniteurs et tant que ceux-ci ne faisaient pas demi-tour continuaient d’avancer dans un vent et une mer de plus en plus forte et bien au-delà des conditions de sécurité admises. Les moniteurs de leur coté ne pouvaient pas nous abandonner à notre folie et essayaient vainement de nous rattraper pour nous dire de faire demi-tour. Cela aurait plus mal finir.

Le sémaphore de Bréhat a annoncé des pointes à plus de 40 nœuds ; presque du 9. En fait le vent n’a soufflé pendant une bonne partie de la journée qu’à un bon force 7 et n’a été au-delà que pendant une heure ou deux le temps de laisser passer un petit front froid, et dans l’après-midi il est revenu au force 6 annoncé. Le plus spectaculaire c’était les vagues, avec le vent contre courant et les hauts fonds, les 4 mètres y étaient vraiment. Quand un plaisancier m’annonce des hauteurs de vagues, dans ma tête j’en enlève entre un tiers ( dans l’Atlantique) et la moitié ( en Méditerranée !) de la hauteur subjectivement vécue. En effet il y a une illusion d’optique. Dans notre cas, deux Cavales, dont le mât fait 8 mètres, séparées par une crête, disparaissaient complètement à la vue l’une de l’autre, d’où l’illusion, avec la vue oblique, de la hauteur d’une maison à deux étages, en fait il n’y a que quatre mètres, mais c’est déjà énorme !

Un bateau donc a démâté, on l’a vu, parce que en abattant sur le sommet il est retombé violemment dans un creux, mais aussi parce que le gréement de nos Cavales n’était pas assez tendu. Un des moniteurs à la barre ( dans ces circonstances fois c’était quand même le moniteur qui barrait ) à été éjecté du bateau par une déferlante, heureusement nous étions attachés et il a été remis à bord par la vague suivante ; le quatrième bateau à mis son mât dans l’eau. Au risque de décevoir je n’ai rien vécu de tel. A aucun moment je n’ai eu le sentiment de perdre le contrôle du bateau. Nous étions restés sous deux ris et on avait bien besoin de cela pour conserver de la puissance dans les fonds de vallée ou nous étions presque déventés. On remontait la pente sur la lancée un peu comme en VTT et au sommet on se prenait une gifle qu’on amortissait avec le rappel et en ouvrant la voile. Le vent contre le courant crée souvent une mer dangereuse et pourtant je n’ai pas connu ce jour là ni les vagues courtes et casse bateau dont me gratifiera plus tard le Meltem en Mer Egée ni les vagues vicieuses du Raz Blanchard, non, plutôt une magnifique partie de montagnes russes avec en prime un bain moussant vert à chaque sommet. Exaltant !

Ne vous étonnez pas après cela, même si je n’ai plus navigué en Cavale depuis, si je reste attaché à ce merveilleux bateau et si je viens traîner mes bottes sur le site. Merci à Fabien de m’avoir invité à faire un tour avec lui à St Paul de Léon sur Volubilis et de m’avoir suggéré de raconter cette histoire, mon histoire.

Domidou

Ps j’ai d’autres anecdotes originales, mais pas en cavale !


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